L’Anses - Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail publie cet Avis [...], suite à une demande d’expertise demandée le 19 mars 2015 par la DGCCRF-direction générale de la consommation, de la concurrence et de la répression des fraudes.

Les matériaux destinés à entrer au contact des denrées alimentaires sont réglementés au titre du règlement (CE) n°1935/2004 de la Commission européenne. Or, la majorité des matériaux au contact des denrées alimentaires (MCDA), ne font pas, à ce jour, l'objet de réglementation européenne spécifique, indique l’Anses.

Une remarque toutefois qui doit être relativisée car des nombreux organismes professionnels européens, allemands et français - dont Emballage Digest avec ses bonus s’est fait largement l’écho - ont émis depuis longtemps déjà des recommandations et des guidelines pour éviter ces contaminations.

Par ailleurs, dans un avis de 2012, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) a considéré l'exposition aux MOSH comme préoccupante et l'exposition aux MOAH comme particulièrement préoccupante. L'EFSA soulignait la nécessité d'établir de nouvelles valeurs toxicologiques de référence pour ces catégories spécifiques d'hydrocarbures d'huile minérale.

Dans ce contexte, la DGCCRF a saisi l’Anses afin qu’elle propose une définition des MOH (MOSH et MOAH) issus de la migration à partir des matériaux au contact des denrées alimentaires. Il lui était également demandé de se prononcer sur les risques liés à la présence de MOH dans les denrées alimentaires et, en cas d’impossibilité d’établir des repères toxicologiques, de faire le point sur les voies de travail prioritaires et les lacunes existantes, du point de vue de la caractérisation de la composition chimique des MOH et de leur toxicité.

Les recommandations de l’Agence
Aujourd’hui, suite donc à son expertise, l’Agence recommande, dans un premier temps, «de valider une méthode analytique spécifique et robuste permettant de déterminer la composition des mélanges d’huiles minérales». Elle estime qu’une meilleure connaissance de la composition des mélanges est «un pré-requis avant de pouvoir proposer des recommandations d’ordre toxicologique, et recommande notamment la réalisation d’études de toxicité supplémentaires menées sur des mélanges représentatifs de MOSH auxquels le consommateur est exposé».
Il conviendra ensuite, précise l’Agence « de disposer de données supplémentaires sur la contamination des denrées alimentaires par les MOH provenant des emballages en papiers et cartons recyclés».

Par ailleurs, compte tenu du caractère génotoxique et mutagène mis en évidence pour certains MOAH, l’Anses estime qu’il est nécessaire de réduire la contamination des denrées alimentaires par ces composés en priorité. Dans l’attente, l’Anses recommande de limiter l’exposition du consommateur aux MOH, et plus particulièrement aux MOAH, en agissant en premier lieu sur les principales sources d’huiles minérales dans les emballages en papiers et cartons. L’Agence recommande en particulier d’utiliser des encres d’impression, colles, additifs et auxiliaires technologiques exempts de MOAH dans le procédé de fabrication des emballages en papiers et cartons.

De plus, au regard de la forte contamination des emballages en papiers et cartons constitués de fibres recyclées, il est recommandé de limiter la teneur en MOAH dans les fibres recyclées et à cette fin :
• D’examiner la faisabilité d’utiliser des encres d’impression, colles, additifs et auxiliaires technologiques exempts de MOAH dans le domaine de l’impression (magazines, journaux et autres papiers graphiques). En effet, les journaux et autres supports imprimés entrant dans la filière recyclage sont identifiés comme les principales sources d’huiles minérales dans les emballages alimentaires en papiers et cartons recyclés.
• De conduire des études permettant d’identifier, au cours du procédé de recyclage, les étapes (tri, fabrication de la pâte à papier, etc.) conduisant à l’introduction de MOH dans les emballages en papiers et cartons recyclés. Ceci permettra d’identifier les leviers technologiques permettant de réduire la contamination des fibres recyclées (tri plus efficace, réduction des contaminations croisées, amélioration du procédé de désencrage, etc.).

Enfin, l’Anses recommande l’utilisation de barrières permettant de limiter la migration des MOH de l’emballage vers les aliments. En effet, l'application de divers revêtements agissant comme des barrières (PET, acrylate, polyamide etc.) directement sur les emballages en papiers et cartons est une solution mise en avant dans la littérature pour limiter la migration de contaminants. L’efficacité d'autres barrières, notamment à base d'amidon, est également en cours d'étude.

Les MOSH et les MOAH
Les huiles minérales (MOH) sont des mélanges complexes issus du pétrole brut constitués d'hydrocarbures saturés d'huile minérale (MOSH) et d’hydrocarbures aromatiques d'huile minérale (MOAH), rappelle l’Anses. De par leur présence dans les encres ou les adhésifs des emballages alimentaires en papier et carton, ces huiles minérales peuvent migrer vers les aliments.

La problématique des huiles minérales au contact des denrées alimentaires est apparue suite aux travaux du laboratoire cantonal de Zürich (Suisse) qui a mis en évidence la présence de certaines catégories d'huiles minérales dans les denrées alimentaires sèches conditionnées dans des emballages en papier et carton.

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