Il y a près de 10 ans, chez Casino, nous avons pris la décision de regarder de beaucoup plus près les documents de conformité relatifs à l’aptitude au contact alimentaire. Nous avons été surpris de constater que si nos fournisseurs de produits ne savaient pas toujours répondre à nos questions, leurs fournisseurs d’emballages n’étaient parfois pas beaucoup plus à l’aise. Ainsi, nous avons mis en place des audits-conseils chez certains de nos fournisseurs avec l’objectif de vérifier les pratiques de gestion de ces documents, d’estimer leur niveau de connaissance, mais également de valider leurs critères de sélection auprès des fabricants d’emballages.

Le bilan que nous en faisons est clair : il n’y a pas assez de dialogue entre les fabricants d’emballages et les conditionneurs. Fort heureusement, les actions que nous menons pour rechercher les preuves de conformité, nous amènent à obtenir des documents complémentaires qui sont rassurants, mais après beaucoup d’efforts.

Côté fabricants, on invoque souvent le principe de confidentialité ou celui de leurs fournisseurs. Mais il y a des obligations réglementaires de transmission d’information. Dans ce contexte, comment peut-on les surmonter ? Les fabricants demandent à leurs clients des informations que ces derniers ne donnent pas toujours de façon exhaustive. Comment dans ces conditions leur reprocher de transmettre des déclarations de conformité qui ne correspondent finalement pas tout à fait au produit final ? Ces questions ne doivent pas rester sans réponse, car elles doivent permettre de choisir non pas le «meilleur» emballage, mais un emballage conforme et adapté au contenu prévu.

Côté conditionneurs, il y a une méconnaissance des points clefs et de la logique de migration. Confrontés à des questions de leurs fabricants d’emballages qu’ils jugent parfois intrusives, ils décident quelquefois de ne pas les avertir de changements de recette, de température de remplissage… Maîtriser l’ensemble de la réglementation liée au contact alimentaire est complexe. Pour les PME où les postes sont multi-tâches, il est nécessaire d’aller à l’essentiel et de connaitre les mécanismes de migration globale et spécifique… surtout lorsqu’il y a plus de substances sujettes à restrictions que d’ingrédients dans la recette du produit alimentaire !

Chez Casino, nous avons donc décidé, l’année dernière, de rédiger un guide à destination de nos fournisseurs (2), afin de les aider à mettre en place un système efficace de management de conformité des emballages, qui leur a été transmis cette année. Parmi les principales mesures, ce guide préconise de désigner une personne dont la mission est de réaliser un contrôle critique des documents envoyés par les fournisseurs d’emballages. Cela évite une dilution des responsabilités entre l’acheteur et le responsable qualité, lors de la sélection des emballages. Une formation approfondie sur les exigences de la réglementation des matériaux au contact alimentaire est également indispensable, afin d’aiguiser le sens critique du responsable, envers les documents transmis par ses fournisseurs, mais également les nouvelles réglementations qui sont publiées.

Comme l’illustre l’amendement 2017/752 concernant les matériaux plastiques, il apporte notamment une nouvelle donnée très intéressante : la notion de ratio surface/volume maximale pour laquelle la conformité est garantie. En effet, jusqu’à présent, nous recevions des déclarations de conformité basées sur le ratio de 6 dm2/kg d’aliment. Mais comment en déduire une conformité lorsqu’un produit a un ratio plus important ? De façon tout à fait légitime, les fabricants ne pouvaient pas tester toutes les configurations possibles d’utilisation du matériau fourni. Désormais, ce ratio pouvant évoluer, la vision des garanties sera bien plus visible pour tous.

Pour la plupart des fabricants, les déclarations de conformité sont valables 5 ans. Or vu la fréquence à laquelle les amendements sont publiés, nous estimons cette période inadaptée. La mise en place de liens de téléchargement des documents de conformité mis à jour au fil des évolutions législatives serait la bienvenue. Aujourd’hui, les emballages sont sous les feux médiatiques : phtalates, perturbateurs endocriniens, huiles minérales, nanomatériaux, bisphenols, PET opaque…

Réalisons tous ensemble les efforts nécessaires pour qu’aucune nouvelle crise ne vienne entacher ce domaine passionnant qui nous unit.

(1) Titre de la rédaction.
(2) Voir ebonus du 31 août 2017.

Extrait de la revue n° 620 - Juillet/Août 2017. Reproduction interdite sauf accord écrit d'Emballage Digest ou mention du support