Texte Alternatif“La supply chain n’a de sens qu’avec la palette» a martelé Jean-Philippe Gaussorgues, président du Sypal et d’Epal France, en rappelant qu’avec 95% des parts de marché et un CA annuel d’un milliard d’euros, la palette bois se porte bien. Un dynamisme reposant sur deux éléments forts qui doivent se poursuivre : la gestion et la traçabilité des palettes.

Pour Philippe Wieser, directeur de l’International Institute for the management of logistics, la logistique doit être globale et intégrer l’ensemble des flux physiques, logistiques et financiers. Le principal défi auquel le marché doit faire face, et qui tend à s’accélérer, est l’anticipation des besoins du client. «Pour y parvenir, il est nécessaire de faire preuve de partage, de transversalité, de communication, mais aussi et surtout, de ne pas manquer le virage digital, véritable élément concurrentiel d’entreprise» a-t-il ajouté.

Dans l’immédiat, les acteurs poursuivent leurs efforts. En France, 50 millions de palettes neuves ont été produites en 2017. Mais les sociétés ne peuvent plus se contenter d’être de simples fournisseurs, elles doivent étoffer leur offre et devenir des prestataires de services, notamment en développant la gestion logistique.

«Les industriels peinent à récupérer leurs palettes, et les transporteurs à les rendre» a expliqué Gabriel Pierini, directeur général d’Openlean. Dans toutes les filières logistiques, «il existe plusieurs systèmes de gestion, sauf pour les palettes. Celles-ci sont gérées uniquement avec des fichiers Excel». Pourtant, l’enjeu est important. Selon le dg, 3 milliards de transactions par an (d’une valeur de 18 milliards d’euros) sont gérées par des centaines de milliers de fichiers Excel. Il estime les pertes à 2,7 milliards d’euros chaque année. Outre ces dommages financiers (pertes de marge nette, perturbation de la facturation, coûts de transport retour…), la gestion actuelle conduit à une perte de temps (échanges de fichiers et pointages laborieux), et de palettes de l’ordre de 15% des quantités chargées (difficulté à tracer les flux…).

Texte AlternatifPour régler cette problématique, sa société propose deux logiciels (Opatrace et Opatrack) qui permettent aux différents acteurs de partager les informations entre eux et de les récupérer rapidement. Mais elle n’est pas la seule à disposer de solutions.

De leur côté, Epal et l’Institut Fraunhofer IML présentent une palette interactive. Celle-ci ne se résume plus uniquement à un simple outil de manutention mais devient un support d’informations. Intégrant un système d’enregistreur de données relativement classique, l’innovation de cette palette réside principalement dans sa dimension interactive à travers un logiciel de gestion de données. Les travaux de R&D se poursuivant, les organismes concernés ne souhaitent pas en dire d’avantage.

La gestion n’est pas l’unique problématique à laquelle les acteurs font face. Une autre information, phytosanitaire cette fois, passe entre les mailles du filet : le traitement des palettes.

Qui dit échange dit contrôle des palettes
La réglementation phytosanitaire (2005) exige que les emballages destinés à l’exportation soient traités NIMP 15. «Les différentes procédures de contrôle à l’importation et de traçabilité sont de qualité inégale selon les pays et il est impossible de savoir à l’œil nu si une palette a été traitée» a expliqué Gabriel Robert, chargé de profession palettes et emballages bois à l’institut technologique FCBA. La marque est la seule preuve de traitement, mais ne garantit pas qu’il ait été fait correctement.

Texte AlternatifUn outil de contrôle basé sur une technologie proche-infrarouge a donc été mis au point au stade laboratoire, avec le soutien de FCBA, Sypal, et des financements du ministère de l’Agriculture. «La réalisation d’une soixantaine de cycles de traitement en laboratoire sur plusieurs milliers d’échantillons de deux essences de bois, l’acquisition de dizaines de milliers de spectres proche infrarouge et des centaines d’heures d’analyse avec des logiciels statistiques ont permis de mettre au point des premiers modèles de prédiction apportant des résultats très encourageants. La confrontation à des données terrain prises sur des palettes traitées industriellement va dans le même sens et laisse à penser que d’autres essences pourraient être intégrées au champ d’application de cet outil de contrôle» explique G. Robert.



Le bois au contact alimentaire
La capacité de la palette bois à être apte au contact alimentaire est essentielle puisque la filière la plus importante pour elle est celle des fruits et légumes, estime Florence Aviat, fondatrice de YouR ResearcH Bio Scientific. «S’il existe peu d’études sur le bois et le contact alimentaire, la France est tout de même en avance sur l’Union Européenne». Trois critères d’inertie RCE 1935-2004 sont utilisés pour les recherches : la chimie analytique, la microbiologie et l’organoleptie. Au niveau chimique, aucune molécule nocive n’a été retrouvée dans le pin et le peuplier. Au niveau microbiologique, plusieurs dizaines de publications assurent que le bois est barrière aux micro-organismes redoutés. «Le bois entraîne une réduction drastique des microorganismes sur sa surface» explique F. Aviat. «99% d’entre eux ne migrent pas vers l’aliment». Le bois offre une sécurité microbiologique de par sa propriété naturelle anti-microbienne, ajoute-t-elle. En termes de réglementation, il existe quatre textes nationaux importants : le Code de la consommation concernant l’inertie des emballages, le décret 2008-1469 sur les substances autorisées, les limites de migrations (LMS) et la déclaration de conformité, ainsi que la Note DGCCRF 2012-93 «Bois» (fiches de recommandation, techniques d’analyses - LMS et autorisation traitement antifongique «anti-bleu»), et l’Arrêté de 1945 «Bois».

Extrait de la revue n° 627 - Avril 2018. Reproduction interdite sauf accord écrit d'Emballage Digest ou mention du support