L’on pourrait ainsi croire que la route est toute tracée pour le carton dont les lancements dans les rayons eaux minérales, laits, jus et crèmes se multiplient ces derniers mois. Présenté comme une alternative intéressante au plastique, le carton n’échappe pas, à son tour, à l’exigence totale de transparence et de sécurité de la société civile. Une étude publiée en juillet par le BEUC (Bureau Européen des Consommateurs) sur 76 échantillons analysés d’emballages carton ou papier décorés (gobelets, pailles, etc.) met en avant la présence d’encres (amines aromatiques) et de filtres UV, potentiellement toxiques, en contact avec les aliments. L’organisme déplore l’absence d’évaluation quant au risque de migration de ces substances au sein de packagings food-contact par l’EFSA.

Plastique vs. Carton ? matières renouvelables vs. recyclĂ©es ? Consigne ? Dans cette pĂ©riode de tâtonnement, la voie qui se profile est loin d’être aussi manichĂ©enne. Et sera très certainement plus mixte et globale. A l’image des engagements pris par certains distributeurs. Ainsi, outre-Manche, Tesco poursuit sa chasse aux emballages superflus et difficiles Ă  recycler. Si la première phase de son programme visait Ă  rĂ©duire de 4000 tonnes les emballages de sa marque propre, la prochaine Ă©tape concernera l’ensemble des marques distribuĂ©es. Et deviendra dĂ©sormais un critère de choix dans les partenariats commerciaux. Le ton est donnĂ© !

Car derrière ces considĂ©rations environnementales et sĂ©curitaires, les enjeux sont Ă©galement Ă©conomiques. Avec une notion de responsabilitĂ© renforcĂ©e et de bonus-malus sur l’éco-conception du produit, le projet de loi anti-gaspillage et Ă©conomie circulaire en France ne sera pas sans consĂ©quence pour les producteurs. Tout le challenge sera pour le gouvernement de poser les pierres d’un Ă©difice juste et Ă©quilibrĂ© pour les diffĂ©rentes filières industrielles. Dans nos pages, Tetra Pak par la voix de son DG France, Chakib Kara, appelle ainsi Ă  « la reconnaissance des matĂ©riaux renouvelables dans les systèmes d’éco-modulation, au mĂŞme titre que l’incorporation de matĂ©riaux recyclĂ©s ».

Si la prise de conscience environnementale des consommateurs et l’éco-responsabilitĂ© des industriels sont rĂ©elles et sincères, gageons que cette cacophonie soit passagère et que les prochains mois permettront de rassembler les acteurs du packaging autour d’une orientation commune vers un emballage intelligent, traçable et Ă  faible empreinte. Et pour y parvenir, la collaboration sera la clĂ© de la rĂ©ussite, comme l’appelait de ses vĹ“ux François Luscan, pdg d’AlbĂ©a lors de son dernier Ă©vĂ©nement « Let’s act for circular beauty »*.

*e-bonus du 11 juin 2019.

Extrait de la revue n° 640 - Juillet/Août 2019. Reproduction interdite sauf accord écrit d'Emballage Digest ou mention du support