Texte AlternatifUn duo matériau/machine indissociable
Peu intĂ©grĂ©e dans les Ă©changes autour de l’écoconception des emballages, la filière machines a pourtant un rĂ´le essentiel Ă  jouer. C’était d’ailleurs tout le but de cette journĂ©e, rassembler fabricants de packagings, fournisseurs de machines et utilisateurs pour Ă©changer sur leurs problĂ©matiques et trouver des solutions communes. Car les challenges techniques sont de taille. Comme le rappelait Fleury Michon invitĂ© Ă  partager son expĂ©rience. Pas moins de huit ans ont Ă©tĂ© nĂ©cessaires pour substituer le PVC/PE par de l’APET/PE sur ses barquettes de jambon et adapter ce changement sur l’ensemble de son parc de 24 machines. «Il faut accepter les compromis. En allant vers de l’APET et un produit sans nitrite, nous avons forcĂ©ment perdu sur la durĂ©e de conservation», a expliquĂ© AurĂ©lie Damas, chef de projet R&D. Par ailleurs, l’APET ne se comportant pas comme le PVC, il a fallu adapter les Ă©tapes de thermoformage, de dĂ©coupe, et d’encaissage mais Ă©galement le contrĂ´le des soudures : l’intĂ©gration de rPET dans l’APET rendant la matière plus opaque donc plus difficile Ă  contrĂ´ler par spectro IR. D’ici 2021, Fleury Michon a pour ambition de passer Ă  du 100% APET.

Même orientation chez SIG, qui affiche ouvertement sa volonté de s’orienter vers des solutions d’emballage plus «smart», sans aluminium ou avec du plastique d’origine végétale par exemple. D’ici 2020, le groupe souhaite proposer des briques alimentaires, avec du carton 100% renouvelable.

Texte AlternatifSleever International s’attèle à améliorer la recyclabilité des bouteilles en PET avec sa machine Combisteam. En étant capable de travailler sur un sleeve en LDPET, du PET basse densité qui se différencie facilement du PET dans les centres de tri et avec des vernis et encres sans dilution, la société fait de l’étiquette un élément clé de la chaine de recyclabilité. «Avec le LDPET, nous souhaitons ainsi augmenter les flux de rPET alimentaire, tout en offrant une solution de marquage interactif pour répondre aux attentes de traçabilité et de sérialisation», indique Bruno du Plessix, responsable développement business chez Sleever International.

Un dialogue nécessaire
L’étude des interactions matériaux / machines semble donc primordiale. Il est de l’avis de Grégoire Duvot, DG France d’Ilapack (groupe IMA). «Il faut pour cela souhaiter plus de confiance et de collaboration entre donneurs d’ordre et fournisseurs d’emballages et de machines». Anticipant ce besoin, le groupe a depuis quatre ans déjà équipé chacune de ses usines de laboratoires et planché sur la mise au point d’une base de données regroupant plus de 300 références matériaux, toutes validées en conditions industrielles. «Un gain de temps puisque l’on évite les étapes de tests sur nos machines. Il était nécessaire de clarifier les effets d’annonce sur le plan technique. Certains matériaux alternatifs, biodégradables et biocompostables, qui peuvent sembler très innovants, ne sont pas du tout adaptés aux équipements ni à une cadence de production industriellement acceptable», indique-t-il.

Texte AlternatifFruit du travail R&D du groupe Sidel, ce dernier annonce pouvoir commercialiser aux Etats-Unis, la bouteille 50 cl la plus lĂ©gère du marchĂ© : moins de 7g. «Il faut rester vigilant sur la qualitĂ© du rPET qui se dĂ©grade avec le temps et selon les marchĂ©s, alerte Vincent le Guen, vice-prĂ©sident Sidel B&S. Et de poursuivre : entre le % croissant de rPET Ă  intĂ©grer et les contraintes d’allĂ©gement des bouteilles, il faudra faire des choix». Celui du groupe est clairement d’amĂ©liorer la performance de ses machines et donc leur empreinte environnementale. Avec la Super Combi, Sidel atteint une cadence de 91 000 bouteilles/h, en combinant les Ă©tapes de soufflage, Ă©tiquetage, remplissage et bouchage. En 20 ans, rappelle le groupe, la productivitĂ© des machines a Ă©tĂ© multipliĂ©e par 3, l’énergie divisĂ©e d’autant, le temps de chauffe rĂ©duit de moitiĂ© et le temps de conversion passĂ© de 1h Ă  40 secondes.

Du coté des colis, des efforts sont aussi au programme. Pour optimiser le coût logistique, Neopost réussit avec la CVP-500 à diminuer jusqu’à 50% les volumes vides des cartons, de s’affranchir des cales et de limiter les consommables nécessaires à leur création des cartons jusqu’à 30%. Avec une flexibilité intéressante quant au changement de taille et format d’emballage sur une même machine.

Anticiper la fin de vie et la recyclabilité
Dans ce contexte, Pellenc ST, spĂ©cialiste des machines intelligentes de tri, note une explosion des demandes d’essais sur de nouveaux matĂ©riaux. «Nous avons conduit pas moins de 33 essais en 2018, autant rien que sur le 1e semestre 2019», note Antoine Bourely, son directeur R&D. Grâce Ă  la technologie en spectro SPIN, la sociĂ©tĂ© indique qu’il est dĂ©sormais possible de distinguer avec une grande finesse les diffĂ©rents types de rĂ©sines PE selon leur densitĂ© et les bioplastiques (PLA, PHA). Des contraintes techniques persistent : le noir de carbone, mĂŞme Ă  faible dose, ne se dĂ©tecte pas. Dans les manchons et Ă©tiquettes, le PET glycol n’est pas compatible avec le PET. MĂŞme en très fine couche, les emballages mĂ©tallisĂ©s empĂŞchent le recyclage.

En conclusion, une table ronde en présence du CNE, du Geppia et du Symop a confirmé la nécessité d’une coopération entre les différents acteurs de la filière emballages et l’implication des fournisseurs de machines pour accélérer la transition vers une économie circulaire. Face au constat de réindustrialisation de la France, le Symop œuvre d’ailleurs auprès du ministère de l’économie et des finances pour la création d’un contrat de filière «machines intelligentes» qui devrait être officialisé d’ici le mois de septembre.

Extrait de la revue n° 640 - Juillet/Août 2019. Reproduction interdite sauf accord écrit d'Emballage Digest ou mention du support