Texte Alternatif«C’est une première technologique : nous avons rĂ©ussi Ă  trouver – avec notre partenaire Novozymes – le bon catalyseur, qui, dans des conditions spĂ©cifiques de tempĂ©rature, de pH, d’humiditĂ© et en prĂ©sence de certains microorganismes, va accĂ©lĂ©rer le processus de dĂ©gradation naturelle de ces bioplastiques en conditions de compost domestique. Mais restera inerte dans l’emballage si ces paramètres ne sont pas rĂ©unis, afin de prĂ©server l’intĂ©gritĂ© du produit emballé», explique Nadia Auclair, prĂ©sidente de Carbiolice. Et les rĂ©sultats sont prometteurs : cette enzyme permet ainsi de dĂ©grader un film Ă  30% de PLA en 200 jours en home compost Ă  des tempĂ©ratures comprises en 15 et 25°C.

«C’était là tout le challenge. S’affranchir des contraintes du compost industriel, qui requiert des températures élevées pour activer le process de dégradation», précise Nadia Auclair. Ajouté à moins de 5%, ce nouvel additif (PLA+ enzyme) proposé par la joint-venture sous forme de granulés, a été testé en conditions industrielles.

«Il peut être utilisé en thermoformage ou en extrusion-gonflage, sur des lignes déjà existantes, c’était un prérequis essentiel. Ce PLA additivé aura un surcoût (entre 3 et 3,5 euros le kilo, contre 2 à 2,5 euros pour un PLA classique), mais nous devions faire en sorte qu’il s’adapte facilement aux outils de production plastiques, sans avoir besoin d’investissement supplémentaire», ajoute la présidente de Carbiolice.

Texte AlternatifSi cette première génération enzymatique ne fonctionne pour l’instant que dans des films ou des plaques multicouches en PLA, l’objectif est dans un second temps d’augmenter la performance du catalyseur en termes de rapidité de dégradation pour de plus fortes épaisseurs de produits (1 à 2 mm contre 500 microns à l’heure actuelle). Carbiolice espère ainsi obtenir très rapidement l’agrément pour que son matériau biotech reçoive la qualification «food contact», et passer à la vitesse supérieure en transposant sa technologie à d’autres matériaux.

«Avec le PLA, le travail était finalement assez simple car nous ne faisons qu’accélérer une réaction physico-chimique naturelle. Avec d’autres plastiques comme le PE ou le PP, qui ne se biodégradent pas d’eux-mêmes, il faut trouver une autre enzyme qui sera capable d’enclencher le processus».

La jeune start-up, basée à Riom en Auvergne, désignée «biotech la plus innovante d’Europe» par le Prix 2019 d’Europa Bio, présentera sa technologie brevetée au prochain Change Now Summit, du 30 janvier au 1e février au Grand Palais à Paris, avant de lancer la commercialisation de cet additif pour un PLA nouvelle génération.
Carbiolice espère ainsi lutter contre les plastiques à usage unique dont seulement 9% sont aujourd’hui recyclés. Et séduire les marchés européen et américain. «La situation est plus compliquée en France avec la nouvelle loi économie circulaire qui lève l’exemption qui avait été faite sur les plastiques compostables, soutenus dans le cadre de la loi de transition énergétique. Ce qui remet en cause tous les financements R&D qui ont été faits ces dernières années pour favoriser ces procédés en ce sens et risque de freiner les investissements des industriels vers ces solutions», s’inquiète Nadia Auclair, qui veut pourtant rester confiante. «Le rapport lancé dans le cadre de ce projet de loi permettra de rappeler la réponse qu’apporte ces matériaux. Notre rôle va être de promouvoir l’existence de cette nouvelle solution, 100% efficace, sans résidus ni toxicité pour les sols et de participer à la naissance d’une nouvelle filière, celle du plastique compostable». Carbiolice espère réaliser en 2020 un chiffre d’affaires de 6 M€.

Reproduction interdite sauf accord Ă©crit d'Emballage Digest ou mention du support