L’homme n’a pourtant pas inventĂ© le concept de packaging : l’enveloppe, la peau, la croute, la carapace, la coquille, l’écorce… l’emballage est partout dans la nature. A la grande diffĂ©rence des « nĂ´tres », l’emballage dans le vivant ne devient pas dĂ©chet. Il protège, un temps souvent Ă©phĂ©mère, puis se dĂ©grade et est assimilĂ©. Une autre caractĂ©ristique est que l’emballage dans le vivant, et cela peut paraitre contre-intuitif, est toujours individuel. LĂ  oĂą nous avons les Ă©tuis et sachets individuels produisant une quantitĂ© dĂ©multipliĂ©e de dĂ©chets, la nature le fait systĂ©matiquement et sans pĂ©ril : les Ĺ“ufs sont emballĂ©s, mais pas par pack de 12 !



L’emballage est une expertise du vivant depuis des centaines de millions d’années, le biomimétisme est une approche permettant de s’inspirer de ces multiples cas de figure et preuves de concepts pour nous aider à optimiser nos propres process de production, ou pour simplement penser autrement. Nous ne sommes qu’au début de cette approche en plein développement.



Les surfaces antimicrobiennes sont omniprĂ©sentes, notamment chez les organismes marins, depuis les coquilles des escargots de mer (Dicathais orbita) qui crĂ©ent un biofilm pour du biofouling (encrassement biologique) de surface jusqu’aux denticules de la peau de requin que l’entreprise amĂ©ricaine Sharklet a rĂ©pliquĂ©e pour obtenir une surface antibactĂ©rienne qu’ils collent sur les poignĂ©es de portes dans les hĂ´pitaux !



Dans la catĂ©gorie des substituts aux dĂ©rivĂ©s des hydrocarbures, ce qu’a inventĂ© l’entreprise Ecovative est assez remarquable : des champignons Ă  la place du pĂ©trole ! Faites pousser du mycĂ©lium dans un moule jusqu’à obtenir une certaine densitĂ© et vous aurez un matĂ©riau aux qualitĂ©s comparables au polystyrène, mais naturel, biocompatible et biodĂ©gradable !



Si vous voulez imaginer un carton plié réutilisable, pensez à renforcer les zones de pliages à la façon des ailes de coléoptères qui disposent d’une couche de résiline dans certaines articulations mobiles pour en augmenter l’élasticité et réduire les dommages.



Si vous aviez besoin d’un matĂ©riau ultra rĂ©sistant, souple, antibactĂ©rien, biocompatible, lĂ©ger, substitut au plastique, vegan, ou encore rĂ©sistant aux moisissures, aux odeurs et aux Ă©carts de tempĂ©rature … alors pensez Ă  emballer vos produits avec de la soie d’araignĂ©e ! Et pour cela regardez l’entreprise AmSilk qui a rĂ©ussi Ă  synthĂ©tiser la protĂ©ine de la soie d’araignĂ©e pour en tirer un incroyable nouveau matĂ©riau multifonctionnel.



Si vous vous servez de verre pour emballer, pensez à le micro-fissurer à la façon des nacres de coquilles d’ormeaux, vous le rendrez plus résistant en rendant le cheminement de la fissure plus tortueux.



Pour assembler les matières vous pourrez sans doute vous inspirer de la fleur de bardane (effet scratch), du byssus de moule ou encore de la patte de gecko (effet Van Der Waals que Stanford a enfin réussi à répliquer). Pour rendre la surface hyper-hydrophobe, le scarabée du désert de Namib ou l’effet lotus vous mettront sur la voie.



A une autre échelle, réduire l’emballage peut aussi passer par le retour aux produits de saison et aux circuits courts, deux autres grandes règles du vivant qui peuvent permettre d’avoir moins besoin de protéger et de faire durer et voyager.



AssociĂ© Ă  l’écoconception et Ă  l’analyse de cycle de vie, le biomimĂ©tisme ouvre des voies et des perspectives, adaptĂ©es aux enjeux posĂ©s, mais avec une interrogation constante : comment la nature a-t-elle dĂ©jĂ  fait Ă  ma place pour rĂ©soudre mon problème d’emballage ?

Extrait de la revue n° 649 - Juin 2020. Reproduction interdite sauf accord écrit d'Emballage Digest ou mention du support