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N°639 - Machines&technologies - Editorial


 

 

 

Doria Maïz, rédactrice en chef

Le consommateur, roi du paradoxe ?
A l’heure où l’éco-conception et le développement durable sont sur toutes les lèvres. Alors qu’il n’y a pas un seul jour où les industriels de l’emballage annoncent, avec grand renfort, le lancement d’une nouvelle alternative verte à un matériau ou un concept packaging plus respectueux de l’environnement. Force est de constater que l’appât de parts de marché reste plus forte que tout, tiré par des attentes consommateurs parfois contradictoires.

 

Pour venir titiller son éternel concurrent Coca-Cola et sa marque Innocent, le groupe PepsiCo a suscité une levée de boucliers en commercialisant son jus Tropicana en bouteilles plastiques au moins de juin. Même si son directeur général, Bruno Thévenin, s’est défendu en précisant qu’il s’agissait d’une gamme complémentaire aux briques en carton. Et que ces bouteilles recyclables contenaient 50% de rPET. Le mal était déjà fait. L’image ternie. Appel au boycott sur les réseaux sociaux et pétition en ligne anti-Tropicana ont fait le tour du net en quelques jours. Portés par les mêmes consommateurs, qui auraient réclamé - selon PepsiCo dans une étude pré-marché - des jus dans des contenants transparents, afin de mieux voir le produit. Paradoxal, non ?

 

La pétition stop plastique Tropicana a ainsi réuni plus de 48 000 signatures. Son auteur, Dimitri Carbonnelle, réclame le déploiement par PepsiCo de la consigne mais à partir de verre ou plastique biosourcé et biodégradable, sans jamais parler de recyclabilité. Et ne souhaite pas pour autant le retour au carton, difficile à recycler en raison de sa composition en aluminium. Conclusion : un grand capharnaüm !

 

Si la prise de conscience écologique est désormais intégrée, la société civile ne semble pas encore savoir quels compromis elle est prête à faire, ni même quelles sont les meilleures solutions alternatives. Le constat prêterait presque à sourire, si ce n’était pas aussi le cas des marques de grande consommation. CITEO le rappelait en marge d’une conférence « face à un discours devenu inaudible et souvent contradictoire, et le foisonnement de solutions alternatives, les industriels doivent prendre du recul et réfléchir à la voie qu’ils souhaitent dessiner pour leurs produits ». Un conseil plein de sagesse difficile à suivre, alors même que pouvoirs publics et fédérations professionnelles affichent ouvertement leur désaccord. La FEDEREC* n’a pas hésité récemment à clouer au pilori le principe de consigne annoncée par la secrétaire d’Etat, Brune Poirson. Le chemin de la consommation « verte », raisonnée et apaisée se dessine comme long et fastidieux.

 

*e-Bonus du 25/06