N°657 - Machines&technologies - Editorial


 

 

 

Doria Maïz, rédactrice en chef

Droit dans le mur ?
«Je n’ai jamais vécu ça ! ». « Une crise sans précédent ». « Une situation catastrophique ». Les superlatifs se multiplient pour qualifier la pénurie mondiale de matières premières à l’échelle mondiale. Plastique, acier, bois, verre, aluminium, semi-conducteurs, colle, etc. leurs prix flamblent et atteignent des sommets vertigineux. Automobile, santé, bâtiment, électronique, etc. tous les secteurs sont touchés. Et parmi eux, l’industrie de l’emballage et des machines de conditionnement, grande consommatrice de ces denrées devenues rares, n’est pas en reste et résiste tant bien que mal. Plusieurs syndicats de l’interprofession, à l’instar de Polyvia ou d’Elipso, avaient pourtant alerté sur les risques de cette situation depuis le début de l’année.

 

La situation puise dans des origines macro-économiques que l’on doit une fois encore à la crise de la Covid-19, qui déséquilibre la fameuse loi de l’offre et de la demande. La Chine, dont l’économie a repris plus rapidement et fortement, préempte la majorité des stocks disponibles sur le marché, faisant exploser les cours des matériaux. Conjugué à cela, un ralentissement général des livraisons par fret maritime, les ingrédients sont tous réunis pour un cocktail « explosif » !

 

Face à ce constat, la colère commence à gronder du côté des industriels, qui pointent du doigt le manque d’anticipation du gouvernement. La France se retrouve à sec, sans aucun stock de réserve, dévalisé par les achats des Etats-Unis et de la Chine, plus prévoyants. Lors d’une récente réunion de crise en avril, le ministère de l’industrie a appelé les acheteurs à annuler les pénalités de retard dans un premier temps et de recourir aux matières recyclées lorsque cela est possible. Car la situation n’est pas près de revenir à la normale, annonce-t-on à Bercy. L’Etat prévoit une nouvelle inflation du prix des matières premières, de l’ordre de 6% pour les emballages, et de 50 à 80% sur l’acier ou l’aluminium.

 

Sur le terrain, les relations fournisseurs/clients sont plus que tendues. Et l’on craint déjà une nouvelle crise sur le marché de l’emploi. Après des mois de chômage technique durant le premier confinement, c’est toute l’économie française qui risque d’être à nouveau à l’arrêt si la situation perdure. Un scénario d’autant plus paradoxal que les carnets de commande sont pleins ! La mondialisation aura, une fois de plus, montré ses limites et remis sur le devant de la scène l’enjeu stratégique de la relocalisation industrielle française …