N° 616 - Machines&Technologies - Actualité

 

 

 

 

 

Industrie chimique et perturbateurs endocriniens : Oui à une définition pour l’identification des PE avérés dans un cadre réglementaire adapté
Si l’on en croit Patrick Lévy, médecin conseil de l’Union des Industries Chimiques, les perturbateurs endocriniens-PE sont inscrits à l’agenda politico-sociétal pour longtemps. Et ce n’est pas le recalage de la proposition de la Commission européenne sur leurs critères d’identification, intervenu récemment, qui va faire avancer le dossier. Invité par PlasticsEurope qui avait réuni plusieurs journalistes, il a expliqué ce que souhaite l’industrie concernant leur définition et la réglementation.
Rappelant la définition de l’OMS adoptée en 2002 (1), à savoir qu’un PE est «une substance ou un mélange hexogène altérant les fonctions du système endocrinien et induisant de ce fait des effets indésirables sur la santé d’un organisme intact, de ses descendants ou au niveau des (sous)-populations», P. Levy relève aujourd’hui «la nécessité de faire évoluer la réglementation, tout en insistant sur la complexité à réglementer dans un contexte d’incertitude scientifique».
Si les PE, qui peuvent être aussi bien des agents chimiques synthétiques que des substances naturelles (hormones issues des glandes produites par le corps humain (H ou F) ou les plantes isoflavones (soja) ou resvératrol (raisin et le vin), sont relativement bien identifiés, c’est l’évaluation des effets néfastes (cad des pathologies) qui posent problème.
«Il faut donc que la future définition puisse permettre de distinguer les substances qui provoquent des modifications transitoires sans aucune conséquence et celles qui entraînent des effets irréversibles» estime P. Levy.
«En l’état actuel des connaissances, nous restons attaché au principe énoncé par Paracelse : «Rien n'est poison, tout est poison: seule la dose fait le poison» dit-il. «Plusieurs travaux laissent à penser que ce postulat est caduque pour les PE : il s’agit à ce stade d’hypothèses de travail qui doivent conduire à des travaux de recherche scientifique les confirmant ou les infirmant. Et c’est bien tout le débat actuel. La qualité des études permettant d’arriver à de telles conclusions est fondamentale. Plusieurs travaux se montrent non reproductibles, si bien que leurs conclusions posent question» souligne P. Lévy.
Les laboratoires extérieurs auxquels l’industrie fait appel pour réaliser des études, fonctionnement selon les BPL-Bonnes pratiques de laboratoires. Ce système qualité impose que tous les paramètres expérimentaux soient sous contrôle. «C’est à ce prix que les études peuvent être reproductibles. Or, la recherche scientifique ne peut pas appliquer une telle approche qui serait trop contraignante et trop coûteuse. Cependant, il serait souhaitable qu’elle s’oriente vers un système qualité adapté» confie P. Lévy. Le rapport de Pierre Corvol de l’Office français de l’intégrité scientifique va dans ce sens, ajoute-t-il.
Aujourd’hui, la démonstration d’une relation de causalité entre les PE et certaines maladies reste extrêmement difficile à démontrer, note P. Lévy. Selon lui, cette incertitude ne doit pas servir de prétexte pour «surlégiférer». «C’est pour cette raison que l’industrie chimique veut une définition efficace et proportionnée permettant l’identification des PE avérés dans un cadre réglementaire adapté. La puissance nous semble être le critère le plus pertinent pour identifier les substances les plus préoccupantes». L’exemple du café illustre bien cette notion d’effet et de dose. Les effets de perturbations endocriniennes de la caféine peuvent se manifester à des doses totalement irréalistes (plus de 200 tasses/jour).
«L’industrie chimique est parfaitement claire sur ce sujet : les PE avérés ont vocation à être remplacés en fonction des possibilités de substitution disponibles» conclut-il.

 

(1) Etablie par le programme international sur la sécurité des substances chimiques, mené conjointement par diverses agences des Nations unies, dont l’Organisation mondiale de la santé.