N° 617 - Packaging - Parole à…


 

Docteur Pascale Gauthier, pharmacien, PhD, chargée d'enseignement, Laboratoire de Biopharmacie, Faculté de Pharmacie Université Clermont Auvergne.

L’emballage, cet indispensable partenaire de l’offre de soin
Dans la perception collective, l’emballage est trop souvent « mal aimé », reconnu comme un facteur de pollution, un gadget inutile et, dans le secteur si particulier des médicaments, un élément aggravant les coûts et contribuant par là-même, à creuser le fameux déficit de la sécurité sociale. Certes, il est admis d’offrir aux médicaments un emballage protecteur, mais en définitif il se doit d’être minimaliste et invisible en maintenant les fonctions de base -contenir et protéger- mais sans rien de superflu, car vidé de son contenu ; l’emballage devient vite un déchet encombrant.

 

Le secteur des médicaments est très réglementé, ce qui est connu, mais excessivement diversifié, ce qui l’est moins… Multiplicité des voies d’administration (un monde sépare la voie orale des formes injectables), variabilité des vitesses de libération (de quelques minutes à plusieurs mois), et bien sûr extrême diversité des formes galéniques (gélules, solutés buvables, gels à usage externe, patches transdermiques, suspensions injectables…). Ces différences ne sont pas toujours comprises par le grand public utilisateur -majoritaire mais pas exclusif- des produits, et, dans la chaîne de soin, le patient «consommateur final» des médicaments, n’est pas le seul en contact avec lui. En effet, le prescripteur va choisir un traitement que le pharmacien va délivrer et le soignant administrer ; la prise en compte de l’ensemble de ces acteurs est importante afin de bien sérier les besoins de chacun, sans oublier le type et la durée de l’emploi. Entre l’utilisation ponctuelle, parfois en urgence d’un médicament et un traitement chronique instauré à vie, la différence est grande. Aider au bon usage des médicaments demeure un des objectifs majeurs de l’emballage pharmaceutique, car, avant tout, pour être efficace, un médicament doit être correctement utilisé.

 

L’observance reste un défi difficile à relever (près de 50% de non-observance des traitements chroniques/OMS), et l’emballage secondaire a un rôle majeur pour la compréhension des traitements, via des pictogrammes (âges des patients, modes de préparations, schémas posologiques). En outre, la représentation de la forme galénique (schémas/photo en taille réelle) permet une éducation thérapeutique des patients via l’emballage (indispensable pour éviter d’écraser un comprimé à libération modifiée) ! Aider à comprendre pour mieux utiliser, est ce rôle majeur que l’emballage entend bien tenir avec l’aide du design pour proposer des produits simples, intuitifs, adaptés à leur fonction (notices au pliage prédéterminé et meilleure lisibilité/conservation ; découpes de packaging secondaires et inviolabilité, emballages primaires combinant dosage et application des formes pâteuses).

 

La réglementation n'est pas un frein à l'imagination, comme vient de le prouver de manière éclatante la prédominance des Pharmapack Awards dans l’univers des injectables (en 15 ans, pas moins de 21 récompenses/58 décernées) ! Aiguilles plus fines pour diminuer la douleur au point d'injection, seringues préremplies «all-in-one» simplifiant et dédramatisant les « piqûres », stylos injectables toujours plus performants (précision de dosage, customisation des systèmes pour moins de stigmatisation chez les enfants), dispositifs «needle safe» afin de protéger le patient des aiguilles souillées, nombre de ces systèmes sont de parfaits exemples de
«design adaptation». Le monde des perfuseurs n’est pas en reste d’innovation avec des sets de transfert (gain de temps et de sécurité) pour reconstituer les suspensions, des systèmes «self-flushing» (auto-rinçage des poches souples) afin de récupérer l’intégralité des actifs de chimiothérapies onéreuses. Plus que de simples emballages, ces tubes/flacons changent la forme physique des produits (sprays ou pompes dispensant des mousses), modifient la formulation (stop aux conservateurs grâce aux «airless»), offrent une personnalisation réelle des traitements (pipettes doseuses pour des antibiotiques prescrits en poids/enfant).

 

L’avenir des emballages intègre désormais le digital, omniprésent dans notre quotidien, via des packs secondaires (datamatrix/NFC renforçant information et sécurité) ou dans le packaging primaire (smart blisters et gestion des traitements/de l’observance). En outre, le digital, relié aux applications smartphones, permet un meilleur suivi des pathologies chroniques, sécurisant ainsi les utilisateurs, même si le risque de «surconnexion» induisant des hypochondries est bien réel !

 

Le challenge du futur sera sans doute de trier afin de bien choisir lesquelles de ces offres numériques nous aideront sans nous asservir à des machines. Mais définitivement, on peut acter que les emballages des médicaments sont devenus incontournables de l’offre de soin, et avec l’arrivée de nouvelles molécules, dont certaines sont de véritables concentrés de technologies, un emballage performant est de rigueur.