N° 623 - Packaging - Parole à…


 

Michel Fontaine, président du Conseil National de l’Emballage - CNE.

Quelle réalité recouvre l’association «emballage+vegan» ? (1)
Au premier responsable emballage opérationnel qui m’a demandé en juillet ce que je pensais d’un emballage «vegan», j’ai répondu que nous n’étions pas le 1er Avril. Au deuxième, j’ai compris qu’il y avait peut-être un sujet et que les «signaux faibles» allaient commencer à s’accumuler. D’ailleurs, depuis la rentrée, on ne parle que du mouvement vegan. La «veggie pride» à Paris, McDo qui lance son «veggie burger» et les journalistes qui, comme à l’habitude, prennent leur porte-voix pour nous expliquer en long et en large ce nouveau (?) phénomène de société.

Même si je suis très peu amateur de viande, même si de tous temps j’ai fui les zoos et les cirques montrant des animaux en captivité, même si je souscris complètement à la honte démontrée de certains abattoirs industriels, je suis également irrité de voir que l’on défend les rats parisiens ou qu’il ne faudrait pas manger de miel pour ne pas participer à l’exploitation abusive des abeilles. En résumé, je ne suis pas totalement convaincu par tous les combats vegan mais j’ai une certaine sympathie pour ces défenseurs de nos amis animaux.

 

J’ai donc ouvert une réflexion sur cette association, a priori curieuse, «emballage + vegan» qui, aujourd’hui, n’engage que moi et je ne doute pas que le Conseil National de l’Emballage ne se penche rapidement sur ce thème avec tous ses experts afin d’apporter une réponse équilibrée au monde de l’emballage.

 

La difficulté de base me semble être de définir précisément quels animaux le mouvement vegan défend. Si je reprends l’exemple des rats (et des pigeons) dans les grandes villes, les réglementations ciblent très clairement des animaux nuisibles, c'est-à-dire en termes simples, des animaux par définition indéfendables qu’il faut éradiquer. L’exemple des abeilles ouvre lui un champ de réflexion différent sur le monde des insectes, insectes qui deviendront d’après certains futurologues la base de la nourriture des habitants de notre planète dans quelques décennies… De quoi ou de qui parle-t-on exactement lorsque l’on défend les animaux ? Jusqu’où va-t-on ? Est-ce que l’on n’est pas cruel envers les fourmis et les vers de terre lorsque l’on cultive la terre et que l’on bouleverse leur immédiat environnement ?

 

J’ai regardé attentivement le site officiel du mouvement vegan et chacun pourra y voir, comme moi, une immense majorité de très belles photos de gros et moyens mammifères. Avec cet angle, il est évident que les matières premières à l’origine des emballages des produits de consommation ne sont pas du tout concernées. Le pétrole, les arbres, le sable, les minerais de fer et d’aluminium, tout cela est bien loin de nos amis mammifères de tous poils et peaux. L’énergie consommée également ne fait plus appel aux animaux depuis longtemps. Le cuir est pointé du doigt mais s’il a été utilisé pour l’emballage de certains produits de luxe au siècle passé, ce temps est bien révolu.

 

Les matières premières constitutives des emballages et l’énergie mise en œuvre pour les fabriquer exonèrent les emballages de toute atteinte à la gente animale et ainsi, les emballages me semblent pouvoir être qualifiés de vegan.

 

Les tests sur animaux (qui font aussi partie du combat vegan) sont un autre sujet. Ma position est claire : il faut absolument utiliser au maximum les méthodes alternatives pour tester les nouvelles molécules, des copies d’organes du corps humain (peau artificielle…) où des logiciels mathématiques de simulation. Mais il faut aussi garder la possibilité de tester les nouvelles molécules sur des animaux de laboratoires lorsque les méthodes alternatives ne donnent pas de réponse claire. Les progrès pour l’homme et pour la défense de sa santé et de son environnement ne peuvent et ne doivent pas s’arrêter pour quelques milliers de souris. N’a-t-on pas envoyé des animaux en orbite autour de la terre avant d’y risquer des hommes ?

 

A ce niveau, il est tout à fait possible que certains additifs et colorants (très minoritaires en poids) utilisés dans l’industrie (et donc dans les emballages) aient été testés sur animaux dans le passé et il est très probable que certaines nouvelles molécules le soient dans le futur. Et cela me paraît souhaitable. Il faut d’ailleurs noter au passage l’immense hypocrisie des allégations de certaines marques qui utilisent des ingrédients déjà testés auparavant sur animaux et qui peuvent à bon compte se prétendre belles en indiquant qu’elles ne pratiquent plus de tests sur animaux aujourd’hui.

 

Encore très récemment, la potabilité de l’eau utilisée par une partie des habitants de Paris était testée par des poissons, de belles truites qui vivaient joyeusement au fil de l’eau d’un bassin alimenté par l’eau entrante dans la capitale. Etait-ce de la cruauté ? Ou du simple bon sens ?

 

(1) Titre de la rédaction.