N° 657 - Packaging - La parole à…


 

Claire Nijdam, co-fondatrice de Berny Pack

Opérer la transition vers l’emballage réemployable consigné
La loi AGEC prévoit qu’en France, en 2023, 5% des emballages devront être réemployés. Et en 2027, ce taux passe à 10%. Tout le monde est dans le viseur : restaurateurs, entreprises de portage à domicile, restauration collective mais aussi les industriels de l’agroalimentaire et les enseignes de la grande distribution avec qui nous échangeons sur le sujet.

 

Mais comment évoluer vers le réemploi quand on n’est pas structuré pour ? C’est bien le problème des ces acteurs et notamment des industriels dont le métier est de remplir des contenants mais pas de les collecter, ni de les laver.

 

C’est en faisant ce constat que nous créons Berny en 2020. Nous souhaitons permettre aux acteurs de l’agroalimentaire d’évoluer vers le réemploi en opérant pour eux la consigne « as a service ». Ainsi, nous concevons des emballages réemployables et nous effectuons pour nos clients, le service de consigne, de collecte et de lavage.

 

Le choix du bon contenant est un premier challenge. Quel format ? Quel matériau ? A quelles contraintes techniques et logistiques doit-il répondre ? Mais aussi, comment le conçoit-on pour qu’il soit le plus écologique possible ? Qu’il se lave bien ? Qu’il résiste dans le temps ?
Après avoir considéré le silicone, nous avons finalement opté pour l’inox. Un matériau qui présente un bon rapport poids/résistance, apte au contact alimentaire et qui répond aux problématiques liées au lavage. L’inox est recyclable en fin de vie et à l’infini. Il est en plus incassable, ce qui facilite son intégration sur certaines lignes de production et il résiste à des températures extrêmes.

 

Au delà du matériau, d’autres questions se posent : standardisation, consigne, modèle économique, effort logistique, conduite du changement … C’est tout une filière qui doit être créée. Ce n’est pas si simple mais on sent autour de nous que le marché est en attente de solutions et que nos différents interlocuteurs sont prêts à relever ce défi avec nous.

 

Nous commençons par le déploiement de notre solution au sein des magasins de la grande distribution pour les produits conditionnés en magasin. C’est un déploiement plus simple, plus rapide qui nous permet déjà de commencer à mailler le territoire, d’instaurer de nouveaux usages et solidifier le modèle logistique et opérationnel. Depuis mars 2021, nos contenants consignés sont proposés aux clients de l’Hyper-U à la Chapelle-sur-Erdre (44) aux rayons boucherie et poissonnerie. Nous constatons un bon taux d’adoption et plus important encore, un taux de retour prometteur ! Il y a une vraie attente de la part des enseignes, beaucoup nous contactent car ils souhaitent proposer ce service à leurs clients rapidement.
Nous travaillons en parallèle à la conception d’un prototype adapté aux lignes industrielles avec des partenaires de l’agroalimentaire. Notre startup étant située à Nantes, nous sommes au cœur d’un bassin agroalimentaire important et nous avons cette chance d’avoir à moins d’une heure de route de chez nous des industriels avec qui nous pouvons échanger quotidiennement sur les problématiques du réemploi.

 

Notre démarche va plus loin, notamment grâce à notre intégration dans l’accélérateur foodtech lancé par Startup Palace avec Sodebo et Brioches Fonteneau, qui nous permet d’avancer de façon empirique en développant, avec les équipes R&D de ces entreprises, un premier prototype.
Nous sommes très heureux de cette collaboration qui confirme l’intérêt des industriels pour le réemploi et qui nous permet d’affiner notre cahier des charges à mesure que nous itérons ensemble sur le sujet. C’est pour nous aussi une formidable occasion d’échanger sur les problématiques de standardisation et d’aborder l’impact qu’aura l’emballage réemployable dans les stratégies marketing de nos partenaires.

 

Le réemploi est une des solutions d’avenir pour l’emballage, il permet d’amortir l’investissement carbone fait à l’extraction des ressources, de préserver la biodiversité et surtout d’infléchir la courbe de la contamination de notre environnement.

 

Comme pour toute innovation, il faut y aller pas à pas, en acceptant l’imperfection au démarrage, pour transformer les usages jusqu’à ce qu’ils deviennent une évidence.