N° 629 - Packaging - Parole à…


 

Philippe Joguet, directeur Développement durable, RSE, Questions financières de la Fédération du Commerce et de la Distribution (FCD)

Pour en finir avec le «packaging bashing»

L’emballage est attaqué de toutes parts, notamment s’il est en plastique : «il y en a trop et de plus en plus» ; «les emballages sont inutiles et même toxiques» ; «ils ne sont pas recyclables» ; «ils polluent les océans». N’en jetez plus, la poubelle déborde !

 

L’accusation n’est pas nouvelle : souvent mis en cause, l’emballage a toujours survécu. Ce qui est inédit, c’est l’ampleur de la charge et la prolifération des attaques, amplifiées par les médias et les réseaux sociaux. En outre, ce procès a ceci de nouveau qu’il fait écho auprès des décideurs publics, voire inspire certaines politiques. Face à une telle situation, les professionnels doivent réagir. Mais que faire ?

 

Rappelons d’abord qu’on n’emballe pas les produits pour le plaisir d’emballer. L’emballage est un coût que les entreprises ont intérêt à optimiser. Si l’emballage est omniprésent, c’est qu’il remplit des fonctions essentielles. Avant tout, l’emballage protège et conserve le produit emballé. Ce faisant, il garantit la qualité sanitaire du produit et prévient le gaspillage, notamment alimentaire. Par ailleurs, l’emballage - ou plus exactement, le système d’emballage - aide à transporter les produits, et ce à toutes les étapes du cycle de vie, jusqu’au consommateur final. Enfin, l’emballage est aussi un support d’information irremplaçable, qu’il s’agisse d’exigences réglementaires (DLC, DLUO, composition des produits…) ou d’autres informations, utiles au consommateur et à la communication de la marque.
Voilà le paradoxe : on veut que l’emballage disparaisse ou se réduise, alors que la liste des informations qu’il doit porter s’allonge continuellement…

 

Il faut rationnaliser et objectiver les perceptions. Par exemple, l’idée que l’emballage ne cesse d’augmenter est fausse. En réalité, la quantité d’emballages est en diminution, comme en atteste la statistique publique. Le fait que la quantité d’emballages diminue alors même que la démographie et la consommation augmentent met en évidence l’effort d’éco-conception des fabricants d’emballages et de leurs clients, industriels et distributeurs. L’éco-conception est un exploit méconnu qu’il importe de promouvoir auprès du plus grand nombre, au travers d’exemples précis (bouteilles d’eau -40% de leur poids en 20 ans, flacons -13%) et des équivalences concrètes : 100 000 tonnes économisées en 5 ans, comme l’avait imposé le Grenelle de l’environnement. C’est autant de ressources préservées, d’émissions de CO2 évitées, de camions en moins sur les routes.

 

Il faut encore expliquer, faire montre de pédagogie pour que nos concitoyens sachent que la conception des emballages obéit à des règles strictes imposées par le droit européen et français. Il faut faire comprendre le choix des matériaux et les fonctionnalités recherchées selon le produit emballé. Il faut faire savoir que les emballages ne se retrouveront jamais dans la nature, ni en mer si les utilisateurs ne les y laissent pas. Il faut dire au consommateur qu’il a un rôle à jouer dans la réduction des emballages, par ses choix de consommation. Il faut répéter, inlassablement, que le recyclage permet de réduire l’impact environnemental de l’emballage et surtout convaincre le consommateur d’adopter le bon geste de tri.

 

Enfin, l’emballage n’est pas qu’un objet : c’est aussi un secteur d’activité dynamique et innovant qui emploie, en France, près de 200 000 personnes et génère un chiffre d’affaires de plus de 30 milliards d’euros. Cette réalité économique doit être prise en compte, en même temps qu’elle oblige les professions en cause. Les mutations économiques, sociétales et technologiques en cours sont autant de défis. Mais le secteur de l’emballage a de nombreux atouts pour les relever et s’affirme déjà comme un acteur clé de la transition de l’économie vers un modèle plus circulaire et donc plus durable.

 

Un monde sans emballage n’est pas concevable. «Zéro emballage» «zéro déchet» font peut-être un slogan mais ne peuvent être les bases d’une politique réaliste. Pour autant, il serait absurde d’ignorer les critiques visant l’emballage. Au final, réquisitoires et plaidoiries se neutralisent. Mieux vaut privilégier le dialogue, d’autant que l’emballage détient sans doute la réponse à ses problèmes : éco-conception, éducation, geste de tri, recyclage… Faisons en sorte que ces idéaux deviennent plus mobilisateurs que la critique. Après tout, peu importe que les accusateurs montent la voix, si les professionnels montrent la voie !