N° 618 - Packaging - Parole à…


 

Olivier Vilcot, Vice-Président du Syndicat des Régénérateurs de matières Plastiques-SRP, Directeur de la Division Plastiques de Suez RV France.

Le recyclage et l’emballage : une priorité pour tous les acteurs de la chaîne
Depuis quelques années, le secteur du recyclage des matières plastiques est en pleine crise : insuffisance de gisements du fait de retard dans le développement de la collecte des déchets, prix de ces déchets tirés vers le haut par des exportations asiatiques qui représentent 50% des volumes européens, pression à la baisse sur les prix des recyclés à cause de la chute des cours des matières vierges, complexification des gisements avec l’extension des consignes de tri sur les emballages, manque de circularité dans l’éco-conception et aussi insuffisance de débouchés pour les matières premières de recyclage (MPR) obligeant à mettre certaines usines en chômage technique.
Et pourtant avec le problème des plastiques dans l’océan, la nécessité d’économiser les ressources à un niveau planétaire, tout le monde s’accorde à dire qu’il faut passer d’une économie linéaire à une économie circulaire. Dans ce concept d’économie circulaire et de révolution de la ressource, le recyclage matière est la solution préférée après les options de réutilisation.
Fort de ses 28 usines de recyclage en France et ses 400 000 tonnes de MPR produites chaque année, le SRP-Syndicat des Régénérateurs de matières Plastiques nous prouve par ses nombreuses actions exemplaires dans des secteurs notamment l’emballage que l’économie circulaire c’est possible.
Cela paraît simple sur le papier mais la réalité est beaucoup plus complexe. Les freins à surmonter sont nombreux. On peut en citer quelques-uns :
La demande en MPR est insuffisante : les OEM-Original Equipement Manufacturer doivent se mobiliser pour spécifier un minimum de MPR dans leurs nouveaux produits. Les transformateurs doivent ainsi accompagner cette évolution qui bouscule leurs habitudes pour devenir un réflexe naturel.
Pas suffisamment de circularité dans l’éco-conception : les OEM ou metteurs sur le marché doivent se soucier de la fin de vie de leur produit et de leur recyclabilité. Un produit bien conçu qui s’incorpore parfaitement dans la chaîne de valeur du recyclage, c’est une optimisation des coûts sur l’ensemble de la chaîne sans parler d’une économie d’empreinte carbone. L’exemple récent du PET opaque montre que nous avons des marges de progrès dans ce domaine.
L’extension des consignes de tri des emballages qui simplifie le geste de tri du citoyen complexifie le travail des centres de tri pas toujours très adaptés à la diversité des gisements qu’ils reçoivent. La conséquence est une dégradation de la qualité des balles de déchets arrivant dans les usines de régénération. Non maîtrisée, l’extension des consignes de tri peut représenter une menace de déstabilisation de toute la filière de recyclage des emballages en France.
Fort heureusement, nous avons, depuis le début de cette année, des signaux forts en faveur du recyclage qui nous permettent d’être plus optimistes.
Les grandes marques mondiales de produits de consommation courante placent le recyclage au cœur de leur stratégie de développement durable en mettant en place une éco-conception circulaire prenant en compte la fin de vie des emballages et l’incorporation de MPR dans leurs nouveaux produits. Cette évolution s’accompagne d’une volonté de dialogue avec l’ensemble des acteurs afin de prendre les décisions de conception adaptée aux exigences de recyclabilité.
Dans le même sens, le consommateur a développé un vrai intérêt pour les produits recyclés qui présentent une image positive. C’est une excellente nouvelle pour tous les métiers liés à cette chaîne de valeur du recyclage. Certains centres de tri évoluent, se modernisent et des investissements importants sont réalisés pour trier davantage de catégories de plastiques.
Cet éditorial serait incomplet sans citer le rôle primordial des pouvoirs publics en France et en Europe afin accompagner cette transition verte et donner la bonne impulsion auprès de tous les acteurs ! Information du consommateur, valorisation du CO2 évité, TVA réduite, autant de mesures incitatives permettant de booster le recyclage par la consommation de MPR.
Le SRP a réalisé une étude sur l’Inventaire du Cycle de Vie (ICV) auprès de ses adhérents qui montre que le recyclage matière présente de nombreux aspects vertueux, économie d’empreinte carbone entre 3 et 17 fois moins que la matière vierge correspondante sans parler des emplois locaux non délocalisables et de l’économie des ressources terrestres.   
Il ne tient qu’à nous collectivement et aussi individuellement d’être contributeur dans la rédaction de la feuille de route d’une économie circulaire pérenne que chacun appelle de ses vœux.