N° 619 - Packaging - Parole à…


 

Delphine Ottenio - en charge des activités Matériaux Papiers et Cartons pour Contactalimentaire au CTP et Responsable du Laboratoire de référence du Club MCAS.

Les huiles minérales : une présence pas si simple à mesurer (1)
Une «huile minérale» est un mélange complexe de milliers d’hydrocarbures saturés (MOSH) et aromatiques (MOAH), de structure et de longueur de chaîne carbonée variée. Sa composition chimique ne peut pas être connue avec exactitude.
De nombreuses contaminations potentielles en huiles minérales sont possibles sur la chaîne alimentaire dont :
- la chaîne de production de l’aliment : lubrifiants, moteurs, pesticides, certains emballages pour le transport des matières premières alimentaires tels que les sacs de jute,
- la chaîne de conditionnement et de stockage des aliments en vue de leur vente au consommateur : certains emballages finis (collés et/ou imprimés).

 

Par ailleurs, la présence de MOSH dans les aliments et dans certains matériaux et objets destinés au contact des aliments (MCDA) est connue depuis plusieurs années de par l’utilisation intentionnelle de certaines huiles minérales :
- dans la composition même des aliments et des emballages : huile minérale blanche, cire microcristalline, revêtement de cire appliqué directement sur l’aliment…
- lors de la fabrication/transformation des aliments : agent de démoulage pour les produits de la boulangerie, agent de traitement de surface pour les confiseries, agent anti-poussière pour les céréales…
Ces cires et paraffines, contenant principalement des n-alcanes (naturellement présents dans les plantes, fruits et légumes et huiles végétales), et ces huiles minérales blanches ont été évaluées et sont autorisées.

 

A ce jour, il n’existe pas de texte réglementaire européen traitant de mesures spécifiques relatives aux huiles minérales dans les MCDA, si ce n’est pour leur utilisation comme additifs dans les matériaux et objets en plastique destinés à entrer en contact avec les aliments (Règlement (UE) n°10/2011 modifié). En Allemagne, le 4ème projet de la 22ème Ordonnance sur les huiles minérales a été publié. Il s’applique uniquement aux papiers et cartons à base de fibres recyclées destinés au contact des aliments et ne traite que des MOAH :
- une migration maximale est tolérée :
0,5 mg/kg d’aliment pour les MOAH de C16 à C35, sachant que cette limite dans l’aliment ne vaut que pour les MOAH provenant de l’emballage,
- une
barrière fonctionnelle aux MOAH est requise, sauf si leur migration est exclue (faible teneur dans l’emballage, aliment en contact du type sel ou autre solution efficace tel que l’adsorbant).

 

En France, l’Anses a rendu un avis relatif à la migration des composés d’huiles minérales dans les aliments à partir des emballages en papiers et cartons recyclés en mars 2017. Cet avis indique, entre autres, que pour les denrées sèches, les hydrocarbures d’huile minérale ayant une longueur de chaîne ne dépassant pas 28 carbones, sont concernés, puisque pouvant migrer par phase gazeuse ; et pour les MOAH, ce sont ceux comprenant de 1 à 3 cycles aromatiques. Pour les denrées grasses, la migration ne se limitant pas à une migration par voie gazeuse, le spectre de composés à considérer pourrait être élargi au cas par cas. Compte tenu du caractère génotoxique et mutagène de certains MOAH, l’avis recommande de réduire, en priorité, la contamination des aliments par les MOAH et de limiter l’exposition du consommateur.

 

Mais la mesure avec certitude de la présence d’huiles minérales reste une opération complexe. En effet, la présence d’oligomères de polyéthylène ou polypropylène et de résines hydrocarbonées (composés saturés ou aromatiques), qui ne sont pas des huiles minérales et sont autorisés dans les MCDA, ainsi que la présence de certains MOSH autorisés dans l’aliment et les MCDA, peuvent conduire à une surestimation des teneurs en huiles minérales mesurées. Ces composés apparaissent comme pourvoyeurs d’huiles minérales sans qu’il soit possible de les retirer du résultat mesuré, faute de connaître la composition. Pour assurer des résultats fiables et statuer sur la réelle contribution de l’emballage à la teneur en huiles minérales de l’aliment, il faut porter une attention particulière aux chromatogrammes (apparence de la «bosse» huiles minérales, distribution des masses moléculaires, ratio MOSH/MOAH) et réaliser une mesure de la teneur dans l’aliment avant conditionnement.

 

La Commission européenne a demandé aux Etats Membres de surveiller les hydrocarbures d'huiles minérales dans les aliments et les MCDA sur 2017 et 2018 (Recommandation (UE) 2017/84). Une collaboration des différents acteurs de la chaîne parait nécessaire pour exploiter les teneurs en huiles minérales mesurées dans les aliments emballés puisqu’il est désormais acquis que celles-ci peuvent inclure de nombreux composés naturellement présents ou bien autorisés et/ou évalués.

 

(1) Titre de la rédaction.