N° 628 - Packaging - Focus



 

Recyclage chimique des plastiques : une filière d’avenir en devenir

 

Au dire des experts, le recyclage chimique des plastiques n’est pas un procédé récent. Aujourd’hui, il refait surface. La pression des gouvernements et des ONG qui demandent plus de recyclé n’y est pas étrangère. En particulier, la Fondation Ellen Mc Arthur (1).
Les grands groupes du secteur PGC manifestent aussi un certain intérêt pour ce procédé. Comme Danone, Unilever, Nestlé et L’Oréal qui se sont associés à des projets en cours (notamment avec Loop Industries, Ioniqa, Gr3n et Carbios). Les cartes sont redistribuées, et dans ce contexte la filière recyclage devrait être amenée à se diversifier.

Nous nous sommes tournés vers Citéo, l’organisme qui pilote en France le dispositif national de tri et de recyclage des emballages ménagers. Plus particulièrement vers son directeur scientifique, Carlos de Los Llanos, pour un état des lieux de ce procédé qui prend de l’ampleur.

 

ED : Qu’est-ce que le recyclage chimique, exactement ?
Carlos de Los Llanos : Le recyclage chimique des plastiques consiste à décomposer le polymère en molécules de base. Lorsque le procédé choisi est suffisamment précis pour revenir aux éléments constitutifs du plastique, ces molécules (ou monomères) sont ensuite repolymérisées pour obtenir au final un plastique proche de la matière vierge. Dans le cas du PET, par exemple, on le décompose dans ses deux éléments d’origine, le PTA (acide téréphtalique) et le MEG (mono-éthylène glycol). Autre exemple : le PS, qui peut être dissout en conservant sa structure moléculaire, ou être dépolymérisé en styrène monomère.

En simplifiant, le recyclage chimique recouvre quatre grands types de procédés différents : la dépolymérisation sélective qui permet de revenir au monomère puis au même plastique, la décomposition en différentes molécules destinées à être utilisées dans d’autres productions chimiques («Plastic to chemicals»), la décomposition en carburant («Plastic to fuel»), et la dissolution. Le traitement peut se faire en utilisant la chaleur, des micro-ondes, des solvants, un catalyseur ou des enzymes. Une fois le plastique décomposé et passé à l’état liquide, les molécules obtenues sont séparées par filtration, distillation, dissolution… Tous ces procédés sont utilisés en laboratoire et sont connus depuis plus de cinquante ans.

 

Dans ce cas, pourquoi n’en parle-t-on que maintenant ?
C. de Los Llanos :
La difficulté est de passer à l’échelle industrielle et qui plus est avec des déchets post-consommation, souvent hétérogènes et souillés. Ce qui demande de mettre au point un procédé à la fois suffisamment sélectif pour obtenir les molécules recherchées, et suffisamment tolérant pour s’adapter à la présence d’impuretés. En outre, l’unité de recyclage ne doit pas consommer trop d’énergie, sans quoi le bilan environnemental du recyclage chimique n’est pas intéressant. Des essais ont eu lieu dans différentes régions du monde depuis une vingtaine d’années, mais peu de projets ont fonctionné dans la durée. Aujourd’hui, les avancées technologiques, encouragées par les industriels qui s’y intéressent fortement, laissent entrevoir la faisabilité du recyclage chimique à l’échelle industrielle. Les projets actuels ont l’avantage de ne pas nécessiter de grosses installations, et donc d’énormes investissements. Le ticket d’entrée serait, selon certains experts, estimé à 10 000t. Globalement, on évalue la capacité d’une unité entre 15 000 et 50 000 t.



 

Extrait de l'article paru dans ED/N°628 - Mai 2018