C’est Denis Opy du WWF qui, à l’invitation d’Elipso, a ouvert les débats en présentant sous le titre « L’invasion des plastiques dans les Océans ou la grande honte » les chiffres qui polluent les mers de la planète. Aurait-on imaginé une telle intervention il y a quelques années ? Tous les professionnels présents ont apprécié cette ouverture, d’autant que D. Opy était accompagné d’un autre membre de l’organisation mondiale de la protection de l’environnement qui a annoncé la mise en place d’un programme d’actions plutôt positif.

Comme il l’a dit lui-même, les chiffres sont connus … 8 à 12,5 millions de tonnes de plastiques jetés par an dans les océans, a précisé D. Opy. Des plastiques acheminés dans la mer par une dizaine de grands fleuves - dont 8 en Asie, le Nil étant lui-aussi un grand “pourvoyeur“ de déchets.

Le membre de WWF a aussi indiqué que l’on trouvait désormais des traces de plastiques biodégradables – 10% des échantillons prélevés dans la Méditerranée contenaient du polycaprolactone - un polyester biodégradable. Plus inquiétant aussi, a poursuivi D. Opy, les concentrations de phtalates à des taux significatifs dans les cétacés de Méditerranée, de l’ordre de 1060 ug/kg de matières sèches.

Peut-on rêver d’un océan sans plastique ? En tous les cas, WWF veut y croire et a décidé de passer à l’action positive, comme l’a expliqué Jean-François Delaire, autre invité d’Elipso. « Notre rôle n’est pas d’alerter mais aussi d’agir pour faire changer les choses » a d’emblée souligné ce membre du WWF. Pour se faire, l’ONGI inscrit cet objectif sur le long terme (2025) et au niveau mondial à travers deux initiatives, l’une en amont pour prévenir l’arrivée des plastiques dans les océans et l’autre pour les rechercher dans l’océan.

Le volet Prévention va se traduire dans un premier temps par trois démarches concrètes. Les deux premières, qui se placent dans une approche volontaire, s’adressent aux municipalités et aux industriels, la troisième vise la population locale.

Les déchets plastiques et leur pollution trouvent surtout leur origine dans les pays où la collecte et le recyclage sont quasi inexistants : essentiellement l’Asie et l’Afrique. Dans ce contexte, WWF veut, d’une part, sensibiliser les villes côtières/fluviales – et dans un premier temps les plus touristiques - pour qu’elles s’engagent – à viser le « sans pollution plastique », ce qui veut dire identifier les sources et agir en mettant en place, par exemple, des grilles d’analyse de performances pour évaluer les marges de progression.

WWF veut, d’autre part, travailler avec les industriels présents ou qui exportent dans ces régions et qui, dans leurs pays d’origine participent à une filière REP-responsabilité élargie des producteurs. « Nous voulons les sensibiliser pour qu’ils mettent en place là-bas également des REP » a rapporté JF Delaire. La troisième démarche vise à lancer un grand programme de sensibilisation en Asie du Sud-est auprès des populations.

L’ONGI espère convaincre une vingtaine de villes en 2019 et en rallié 1000 en 2020 à sa cause. Comme l’a reconnu JF Delaire « c’est un programme ambitieux à la hauteur du problème qui lui est gigantesque ».

Directrice de l’Association Reloop, créée à Bruxelles, Clarissa Morawski a étudié les différents systèmes de consigne à travers le monde : Etats-Unis où il existe une dizaine de programmes, celui en place dans l’Etat d’Oregon étant le plus intéressant, selon la directrice, au Canada où plusieurs systèmes sont en place, en Australie qui en compte trois. En Europe, 130 millions d’habitants sont concernés par la consigne. Un système qui, semble-t-il, selon les indicateurs fournis par C. Morawski, fait ses preuves, puisque le but est de rapporter les emballages pour alimenter les flux de recyclage.

Les performances par unité sont sans appel : le taux de retour est en moyenne de 82,4%.

Quant aux critiques selon lesquelles la consigne aurait un impact négatif pour les collectivités, la directrice de Reloop les balaie tout simplement. Les 22 études menées à travers le monde montrent des économies pour les municipalités, a-t-elle indiqué. En Norvège – un des meilleurs modèles selon la directrice de Reloop - où il existe 4 REP pour les boissons, le système Infinitum avec consigne obtient de bons scores avec 87% pour le recyclage et 11% avec énergie, en revanche le système Green point est nettement moins favorable au recyclage (25%) alors que 63% part en énergie.

Les instances européennes apportent un fort soutien à la consigne, selon C. Morawski en faisant référence à la Stratégie européenne Plastique qui, dans la liste des Mesures clés pour réduire les déchets plastiques et les déchets, figure la consigne, en particulier pour les emballages de boisson. Le Parlement européen a demandé à la Commission de favoriser la mise en place de consigne dans les Etats membres, rapporte la directrice de Reloop. Le Ministère de la Transition écologique y sera-t-il favorable en France ? Les premiers résultats de la Feuille de route de l’économie circulaire attendus pour fin mars nous le dira.

Consigne ? Quelle consigne ? Carlos de Los Llanos, directeur scientifique de Citeo, lui, n’y est pas vraiment favorable en France. La question se pose, dit-il, quand il y a déjà un système qui marche, et notamment avec le programme d’extension des consignes de tri qui devrait toucher 65 millions d’habitants entre 2018-2022. Selon le directeur scientifique, il faut surtout trouver d’autres technologies de recyclage et développer davantage l’éco-conception pour accroître le taux de recyclabilité des emballages.

Un débat apprécié des nombreux participants qui ont relevé la qualité des interventions.

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