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«L’enjeu du couple machines & emballages est loin d’être anecdotique, a indiquĂ© la ministre Agnès Pannier-Runacher, en ouverture du colloque. C’est la première fois que la filière complète de l’emballage se rassemble. En effet, la filière emballages/machines n’est pas une filière industrielle dĂ©diĂ©e malgrĂ© les enjeux communs. Il s’agit pourtant d’une filière d’avenir pour la France. Notre pays figure dans le top 3 europĂ©en du secteur de l’emballage : nous dĂ©tenons la 1ere place des emballages en bois, et la seconde place des emballages plastiques».

De nombreuses aides financières pour soutenir la filière
Le marché français de l’emballage estimé à 18 milliards d’euros* en 2019 se démarque par son ancrage national et son industrialisation avec une automatisation croissante faisant appel à de nombreux investissements. «Les machines d’emballages utilisent de l’intelligence artificielle et sont de plus en plus connectées. Il s’agit d’ailleurs d’un enjeu de compétitivité pour notre pays. Pourtant, la filière accuse un retard sur la collecte et le tri des emballages rigides vis-à-vis de l’Allemagne ou des pays d’Europe du Nord», a rappelé la ministre.

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Dans la transition Ă©cologique vers une Ă©conomie plus circulaire, la filière emballage a un rĂ´le crucial Ă  jouer alors que la loi AGEC pose des objectifs ambitieux Ă  atteindre : 100% de plastique recyclĂ© d’ici 2025. Pour accompagner les acteurs dans cette transition, le plan France Relance prĂ©voit d’injecter 500 millions d’euros dans le fonds Ă©conomie circulaire de l’Ademe afin de financer d’ici 2022 des projets industriels concrets, de la TPE au grands groupes grâce Ă  un guichet unique : Ă  savoir, 274 millions d’euros pour la modernisation du tri, de la collecte et de la valorisation des dĂ©chets et 226 millions d’euros pour l’incorporation du plastique recyclĂ©, la rĂ©duction du plastique et le rĂ©emploi. En complĂ©ment, dans le cadre du Plan d’Investissement d’avenir, c’est une enveloppe de 370 millions d’euros qui est dĂ©diĂ©e Ă  la stratĂ©gie nationale : recyclabilitĂ©, recyclage et rĂ©incorporation des matĂ©riaux. Afin de soutenir des sujets stratĂ©giques tels que l’automatisation, la robotisation ou encore la numĂ©risation, le ministère a rĂ©cemment signĂ© un contrat stratĂ©gique filière Solutions Avenir du futur afin de prendre le virage de ces industries du futur, mĂŞme si les acteurs n’ont pas aujourd’hui la bonne taille critique, mais ont des technologies prometteuses que le gouvernement souhaite accompagner et faire Ă©merger. 800 millions d’euros vont ainsi ĂŞtre investis dans le cadre du Plan France 2030 : 400 millions d’euros pour densifier ces briques technologiques, et 400 millions d’euros pour travailler sur des sites industriels qui utilisent ces solutions. « Nous sommes Ă  votre disposition pour accĂ©lĂ©rer, pour inventer les solutions de demain et accompagner les acteurs du secteur sur les questions rĂ©glementaires», a ainsi lancĂ© Ă  l’assistance Agnès Pannier-Runacher. Un soutien d’ailleurs repris par FrĂ©dĂ©ric Sanchez, PrĂ©sident de l'Alliance Industrie du Futur, diffusĂ© Ă  l’assistance dans une vidĂ©o.

Des industriels investis dans la recherche de nouvelles solutions
L’événement, soutenu par plusieurs partenaires (Citeo, Ilec, DS Smith, Elipso, Serac, Sleever, Socaps et Thimon) s’est ensuite poursuivi par une série de témoignages d’industriels autour de thèmes variés et complémentaires que sont l’écoconception, le juste emballage, la construction de nouvelles filières de recyclage, le développement de nouvelles machines d’emballage, ou encore la traçabilité.

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Coca-Cola a partagĂ© sa stratĂ©gie pour atteindre le zĂ©ro Ă©mission carbone en 2040 et les diffĂ©rents leviers que le groupe a choisi d’activer pour y parvenir : suppression du plastique inutile, allĂ©gement des bouteilles et bouchons, intĂ©gration de rPET ou remplacement des films de regroupement de ses packs. Arnaud Rolland, directeur RSE de Coca-Cola European Partners, a ainsi insistĂ© sur le besoin de briser le «plafond de verre» pour atteindre le 100% de collecte. «Nous militons pour une double action : la consigne pour les canettes aluminium et les bouteilles plastiques et le dĂ©ploiement des systèmes de rĂ©emploi en verre», a-t-il martelĂ©.
16% des solutions du fabricant en CHR sont aujourd’hui rĂ©employables : 180 millions de bouteilles en verre sont ainsi lavĂ©es et reconditionnĂ©es par deux usines du groupe en France. Le système sera dupliquĂ© en grande distribution, dans une centaine de magasins du rĂ©seau Carrefour d’ici 2022. En parallèle, cĂ´tĂ© vrac, Coca Cola planche Ă  la mise au point des fontaines du futur, intelligentes et connectĂ©es.

Autre grand nom de l’industrie agro-alimentaire, Lactalis, est revenu sur la vitale nĂ©cessitĂ© de mettre en commun les efforts de chacun afin d’avancer sur la question du recyclage des pots en yaourt en PS. Alors que la Grande-Bretagne travaille Ă  remplacer le PS par du PET et a choisi d’investir dans une ligne pilote – les premiers essais mettent en exergue une consommation plus consĂ©quente de PET (+40% en moyenne) par rapport au PS et le besoin de lignes plus complexes et d’opĂ©rateurs plus expĂ©rimentĂ©s – la France a choisi de se concentrer sur la crĂ©ation d’une filière de recyclage des emballages en PS. La crĂ©ation du Consortium 25 en juillet 2020 en partenariat avec Citeo a pour ambition de crĂ©er un gisement suffisant de matière, celui du PS en France Ă©tant Ă©valuĂ© Ă  100 000 tonnes en 2020. «Il faut aussi dĂ©velopper des technologies de recyclage qui permettent la rĂ©incorporation du PS dans une boucle fermĂ©e. La piste de la polymĂ©risation/dĂ©polymĂ©risation en est une, prometteuse», a commentĂ© Pierre Georgeault, directeur packaging de Lactalis. Le projet suscite l’intĂ©rĂŞt : plusieurs usines de recyclage du PS sont en cours de montage. Celle de Michelin avec sa technologie Pyrowave devrait avoir une capacitĂ© de traitement de 15 Ă  20 000 tonnes de PS par an.

Dans cette quĂŞte Ă  l’allĂ©gement des emballages et Ă  l’incorporation d’un taux croissant de plastique recyclĂ©, L’OrĂ©al rappelle l’impact de ces choix sur les lignes de production : avec une plus forte dĂ©formation des flacons et une moins bonne tenue sur les convoyeurs, le process industriel est Ă  repenser pour rester performant et ne pas perdre en cadence. «Rien que pour des poches souples en PE, pourtant bien connues et utilisĂ©es depuis plusieurs annĂ©es dans l’industrie, il nous a fallu six mois d’ajustement de nos lignes», a confiĂ© Carol Poltorak, directrice ingĂ©nierie packaging chez L’OrĂ©al.

Collecte, tri et recyclage : des progrès attendus
Dans son rapport remis au gouvernement fin 2020 sur la gestion des dĂ©chets, l’ex-patron de Suez, Jean-Louis Chaussade avait dĂ©montrĂ© l’étroite corrĂ©lation entre la courbe des dĂ©chets et celle du PIB malgrĂ© les efforts liĂ©s au recyclage et Ă  la rĂ©duction des emballages. 140 Ă  150 MT de dĂ©chets sont ainsi attendus d’ici 2040, soit une hausse de 20% des volumes : selon l’auteur du rapport, le problème ne rĂ©side pas tant dans leur collecte que dans l’efficience de leur tri et recyclage. Et sur la nĂ©cessite d’anticiper les nouveaux lancements de produits. «Seul un dialogue fluide entre tous les acteurs de la filière pourra rĂ©ellement changer la donne», a-t-il commentĂ©. Citeo a rappelĂ©, de son cĂ´tĂ©, que sur le gisement plastique actuel, 65% sont recyclables. 15 autres pour cent ont une filière de recyclage en cours de dĂ©veloppement Ă  l’instar des films et emballages souples en PP, des emballages rigides types pots et barquettes en PET operculĂ©s ou non et des emballages rigides en PS/PSE, pour lesquels les industriels sont mobilisĂ©s Ă  rendre les filières pĂ©rennes et viables au plus tard en 2025. «Seules l’innovation et la R&D permettront d’atteindre plus rapidement des solutions efficientes. Plusieurs appels Ă  projets associant metteurs en marchĂ©, fabricants et recycleurs sont en cours dans cette optique. Dont sept projets intĂ©grant de l’IA et du deep learning pour amĂ©liorer la qualitĂ© de la collecte et du tri», a expliquĂ© Sophie GĂ©nier, directrice matĂ©riaux et recyclage chez Citeo.
Dans ce domaine, dans le cadre du projet europĂ©en Holy Grail 2.0 portĂ© par l’AIM et 130 sociĂ©tĂ©s de la chaine de valeur, Pellenc ST en partenariat avec Digimarc mènent une première mondiale : le dĂ©ploiement de filigranes invisibles pour identifier les emballages de façon individuelle par une simple gravure/impression sans additifs. «La faisabilitĂ© technique et la puretĂ© ont Ă©tĂ© dĂ©montrĂ©es, reste Ă  optimiser les coĂ»ts de marquage, des machines et les licences», dĂ©taille Antoine Bourely, directeur R&D de Pellenc ST, spĂ©cialisĂ©e dans les machines de tri optique. Après l’installation d’un prototype semi-industriel Ă  Amsterdam qui a attirĂ© la visite de 700 industriels qui ont pu constater la qualitĂ© du tri, le projet sera en phase de test industriel en 2022 sur trois sites en France : Suez, Paprec et Indorama.

En clôture de ce colloque, une table ronde réunissant l’Ania, l’Ademe, le CNE et le Symop, a conclu au besoin de communiquer et décloisonner les différents maillons de la filière machines/emballages pour accélérer la transition écologique. Et a appelé de leurs vœux la tenue de prochains rendez-vous pour avancer conjointement et rapidement sur cette voie.

*Selon une base facturation des produits fabriqués en France.

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