N°673 - Machines&technologies - Editorial


 

 

 

Doria Maïz, rédactrice en chef

 



La consigne, un retour attendu
A l’heure où le prix du verre explose, la consigne regagne (timidement) du terrain. Les initiatives d’acteurs privés se multiplient en ce sens ces derniers mois.

 

Ainsi, en Bretagne, l’enseigne Carrefour met à l’essai, dans quatre de ses points de vente (Plouzané, Saint-Renan, Milizac et Locmaria-Plouzan), un espace nommé pour l’occasion « Rapportez-moi » où une cinquantaine de références de boissons locales et consignées (20 centimes pour l’eau, 40 centimes pour les autres boissons) seront proposées aux consommateurs. Les contenants pourront être ainsi réutilisés jusqu’à 20 fois et lavés dans un rayon de 300 km.

 

Si moins de 10% des bouteilles en verre sont concernées par le réemploi selon Citeo, la région Alsace se veut la pionnière en la matière. Culturellement proche de l’Allemagne – où la consigne y est largement répandue depuis les années 90 – le Grand-Est se targue déjà de gérer un parc de 25 millions de bouteilles en circulation. Ce n’est d’ailleurs pas sans raison que le groupe Coca-Cola a récemment décidé d’y tester cette fois la consigne de la bouteille plastique ! Une version consignée de la bouteille PET de Coca-Cola d’un litre est proposée en linéaires. Les bouteilles retournées contre retour de la consigne à 20 centimes sont envoyées en Allemagne pour lavage. Un essai qui permettra d’étudier la viabilité du système sur le matériau plastique.

 

Le matériau inox n’est pas en reste. La start-up Berny vient de réaliser sa première levée de fonds de 2 millions d’euros dans le but d’accélérer le déploiement de ses barquettes inox consignées en grande distribution. Après une première phase de test dans l’ouest, le modèle doit être étendu dans d’autres régions pour atteindre une couverture de 40 points de vente d’ici la fin 2022 et 300 000 contenants en circulation.

 

L’enjeu de la consigne dans les années à venir, quel que soit le matériau concerné, sera de construire un réseau de partenaires locaux fiable afin d’anticiper la massification tant attendue : points de reprise des contenants consignés, supports logistiques, prestataires de lavage, etc. Sur ce dernier point, de nombreux acteurs – à l'instar d'Eternity Systems, d'Uzaje ou de Reconcil – poursuivent le déploiement et l'équipement de leurs réseaux de traitement et de nettoyage des contenants réutilisables en France.

 

Un sujet délicat donc, que la secrétaire d’Etat à l’écologie Bérangère Couillard a annoncé vouloir relancer avec l’ouverture de concertations techniques sur la consigne des bouteilles plastiques début 2023. Pour éviter que le sujet ne soit à l’origine de nouvelles tensions – à l’instar de celles engendrées sous le mandat de Brune Poirson – le gouvernement souhaite rapidement discuter de la mise à jour des soutiens financiers des collectivités pour assurer la couverture des coûts de gestion des autres déchets d’emballage, de la sensibilisation du citoyen quant au geste de tri afin d’éviter toute confusion, de l’implication des collectivités dans le maillage des points de reprise et de la prise en compte des petits commerces dans le dispositif. « Le sujet de la consigne, qui avait été écarté dans un premier temps, est désormais mûr. La loi AGEC a fixé un calendrier clair : une décision doit être prise pour juin 2023 », a déclaré Bérangère Couillard. Le ton est donné.